C'est finalement au bout de près de 40 jours que Jean LASSALLE aura mis un terme à sa grève de la faim vendredi dernier après qu'un accord a été signé entre l'état et TOYAL. Mettre ainsi sa vie en danger relève d'une grande détermination, et d'un vrai courage. Mais entre liberté d'entreprise et aménagement du territoire, un juste équilibre doit être trouvé.
Quand une entreprise constitue le seul poumon économique d'un canton, voire d'un arrondissement, il est légitime que les habitants de la zone concernée soit attachés à cette entreprise et veillent à sa pérennité. Et il est normal que les élus de ce secteur se fassent les porte-parole de leurs administrés et relaient leurs inquiétudes quand se profile une délocalisation. Quand ce canton se trouve en montagne, dans une vallée difficile d'accès, les craintes bien sûr n'en sont que plus fortes.
C'est ce qui a conduit Jean LASSALLE, député des Pyrénées-Atlantiques a entreprendre sa grève de la faim à l'Assemblée Nationale. L'Assemblée Nationale, drôle d'endroit pour interpeller une multinationale japonaise! Et puis, est-il légitime, pour un député, de faire ainsi à une entreprise, un véritable chantage à la vie? A la question, posée ainsi, je répondrais par la négative: rien n'interdit à TOYAL de quitter la vallée d'Aspe, et vu de Tokyo, il est sûrement économiquement plus intéressant de s'installer à Lacq dans une zone industrielle accessible et conçue pour accueillir ce genre d'entreprises.
Mais est-ce véritablement TOYAL que Jean LASSALLE souhaitait ainsi interpeller? Un mouvement à l'Assemblée Nationale s'adresse surtout au parlement et au gouvernement. Et en effet, dans cette affaire, le problème était à la fois un problème économique concernant une entreprise privée et un problème d'aménagement du territoire qui intéresse directement les pouvoirs publics.
En effet entre réglementation hyper-contraignante et groupes de pression, un certain nombre de secteurs, situés dans des zones remarquables (montagne, bord de mer, proximité d'un monument historique...) se trouvent dans la quasi impossibilité de voir se développer quelque activité que ce soit: les infrastructures manquent, et leur construction, lorsque la loi le permet, suscite l'opposition de certains « intégristes verts » pour qui la montagne ne constitue qu'une réserve à ours et à edelweiss.
Pourtant, chacune de ces vallées, chacun des villages de France aspire à se développer. Et face à la désertification d'une partie de nos campagnes, il est nécessaire d'identifier de nouvelles formes d'aménagement et de développement. La présence de réseaux et d'infrastructures sont autant de conditions indispensables pour envisager le développement d'activités « propres ». Cela, c'est certain, inflige des « balafres » aux paysages: lignes à hautes tensions, routes, rail, relais téléphoniques... Mais peut on en faire l'économie? Veut on, oui ou non faire vivre l'ensemble du territoire? « Paris et le désert français », la formule n'est pas neuve et a un peu vieilli avec le développement de vraies métropoles régionales. Mais la France ne saurait se réduire à une quinzaines de grandes agglomérations. Et c'est tout un tissu de petites communes, des centaines de cantons ruraux et montagnards qui se cherchent un avenir.
La pérennité d'une activité de traitement de l'aluminium en pleine vallée d'Aspe est assurée pour cette fois, et c'est tant mieux. Mais c'est finalement d'une vraie politique d'aménagement du territoire que le pays à besoin. Si le mouvement de Jean LASSALLE a permis de rappeler cette exigence, alors ce combat n'aura pas été vain.
Cela fait bientôt deux mois que le CPE alimente la contestation et suscite les réactions les plus démesurées aux quatre coins de la France. Il est maintenant urgent d'en sortir.
Jusqu'à présent, je n'ai pas souhaité hurlé avec les loups, considérant que le CPE n'était probablement pas une très bonne mesure, mais qu'à quelques ajustements près elle pouvait être acceptable. L'emploi des jeunes est un sujet suffisamment grave pour être au coeur des préoccupations de tous les gouvernants. Et sur le fond, le CPE, dans une certaine mesure, pouvait contribuer à faciliter l'accès à l'emploi pour des jeunes. Il est en effet absolument nécessaire de fluidifier le marché du travail. Et si l'absence d'explication d'une rupture de contrat pouvait légitimement choquer, c'était une disposition qui pouvait être aisément corrigée par un minimum de dialogue et un amendement au projet de loi.
Mais Monsieur de Villepin a voulu avoir raison, immédiatement et tout seul, faire mieux que Chirac, plus vite que Sarkozy, plus efficace que Raffarin... Il a oublié qu'en 2004, le législateur a conditionné toute modification du code du travail à une négociation préalable avec les partenaires sociaux (et il est d'ailleurs assez triste qu'il ait fallut inscrire une telle mesure dans la loi, alors que cela devrait aller de soi...). Et puis, face à la logique d'obstruction du PS (logique qui est tout sauf constructive et qui contribue à discréditer le parlement), il est passé en force à l'aide du 49.3. Ayant ainsi court-circuité les syndicats et le parlement qui auraient pu apporter de précieuses corrections au texte, la fin de l'histoire était malheureusement déjà écrite: la réforme, sans relais sur le terrain, ne pouvais être adoptée par le pays.
Ce qui n'était pas écrit en revanche, c'est l'invention du concept de loi promulguée non applicable, mais le Président n'en est plus à ça près: l'un des principaux point de son bilan à l'Elysée sera sans nul doute le discrédit de la parole politique et l'affaiblissement de la loi, tant, depuis des années, il a dit tout et son contraire, faisant inscrire dans des textes législatifs, au gré des circonstances, un tas de bonnes intentions évidemment impossibles à traduire dans les faits.
Aujourd'hui les parlementaires UMP, curieusement réintroduits dans la partie après en avoir été exclus, cherchent à trouver une issue au conflit permettant de sauver les apparences pour tout le monde.
Il y a quelques jours encore, je ne me serais pas prononcé pour l'abrogation qui s'apparente pour moi à une victoire de l'immobilisme et du statu-quo. Aujourd'hui, il apparaît que le passage en force n'est plus possible et que pour être acceptables par les partenaires sociaux, les modifications à introduire dénatureront totalement le CPE. Elle créeront donc probablement un nouveau type de contrat de travail, sans le moindre intérêt, qui ne sera pas ou peu appliqué et qui contribuera à alourdir encore le code du travail. Il vaut donc mieux abroger complètement le CPE.
Mais il est en parallèle tout aussi urgent d'ouvrir des négociations approfondies avec les partenaires sociaux pour répondre au grand défi de l'emploi des jeunes. Probablement faut il envisager un contrat de travail unique, dont les garanties se renforcent au fil du temps. Mais il faut aussi, et peut être surtout, se poser les questions qui fâchent à propos de la formation: comment au collège et au lycée mettre en valeur des parcours réellement professionnalisants, des métiers manuels pour lesquels les débouchés ne manquent pas? Comment également éviter que des dizaines de milliers de jeunes ne s engouffrent, à la fac, dans des filières qui n'offrent que peu de débouchés: que fait-on avec une thèse en psycho, un bac+5 en STAPS, des diplômes supérieurs en histoire de l'art? Sélection, numerus clausus, concours: il est probablement indispensable de regarder sans tabou comment limiter les flux dans certaines filières car les jeunes sur-diplômés ont ensuite beaucoup de mal à trouver leur place dans un monde du travail très différent du monde universitaire.


