Le Président l'a décidé: le Clémenceau revient à Brest. Greenpeace a gagné, sans que l'on sache réellement quels sont ses vrais motivations. Quant à l'Inde et au Bangladesh, j'ai beaucoup de mal à comprendre leurs positions.
Greenpeace: drôle d'association qui, comme le rappelle ce matin Pierre Deloye dans le Télégramme de Brest, a laissé en 2004 le Minas Gerais, un porte avion Brésilien, bourré d'amiante (aucun désamiantage préalable n'avait eu lieu...), partir se faire dépecer à Alang sans émettre la moindre protestation. Deux poids, deux mesures... Pourtant 2004, ce n'est pas si vieux. On attend de voir quel sera son attitude le jour où le Foch, sistership du Clémenceau, aujourd'hui sous pavillon brésilien devra partir à la casse...
Mais pour tout dire, ce sont surtout les réactions de l'Inde et du Bangladesh qui me surprennent. Les chantiers qui s'y trouvent démolissent depuis des années tous les vieux navires qui se présentent. Tous ou presque sont bourrés d'amiante, étant donné que pendant des décennies, et aujourd'hui encore dans certains états, l'amiante a été le seul moyen de calorifugeage. Le Clémenceau n'a rien d'un cas exceptionnel. Pourtant, à quelques jours d'intervalle les plus hautes instances judiciaires d'Inde à propos du Clémenceau et du Bangladesh à propos du Norway, ont pris des décisions de suspension si ce n'est d'interdiction pour cause d'amiante.
Pour le désamiantage du Clémenceau, la France fournissait pourtant un maximum de garanties. Comme je l'ai déjà écrit ici, c'était une réelle opportunité de monter un chantier exemplaire et de réaliser ainsi un transfert de technologies qui ne peuvent être économiquement viables au Nord. Au stade où on en est, désamiantage et démolition seront liés, et il n'existe pas en Europe de chantier de déconstruction, ces chantiers se concentrant en Asie.
Si les garanties présentées par la France n'étaient pas satisfaisantes, quels navires pourront demain dire mieux et être démolis à Alang? Est-ce la mort des chantiers de démolition du tiers-monde? Des états comme la France peuvent sûrement se permettre de mettre sur pieds une filière de déconstruction pour leur Marine (et si Brest en profite, je serai le premier à m'en féliciter), mais cette filière, si elle voit le jour, sera par nature déficitaire. Qu'en sera-t-il des armements du monde entier, sans foi ni loi, qui font naviguer sous des pavillons exotiques des navires plus ou moins poubelles? Aujourd'hui, ils vendent leurs carcasses (amiantées) aux chantiers de démolition. Si demain ils ne peuvent plus les faire démolir dans ces chantiers qu'adviendra t-il? Les épaves vont-elles s'accumuler dans des ports décharges comme en Russie? Ou se retrouver au fond des océans? Dans un cas comme dans l'autre, ce ne sera pas un grand progrès pour l'environnement...
Alors, j'attends de voir quel accueil sera réservé à tous les vieux rafiots qui se présenteront à Alang dans les prochains mois. J'attends de voir si Greenpeace et Ban Abestos les bloqueront également qu'il battent pavillon français, brésilien ou bermudéen...
Mais je crois que plutot que de tout bloquer, il serait plus sain de former les responsables et les ouvriers de chantiers de manière à permettre une déconstruction dans des bonnes conditions en Asie plutot que pas de démoltion du tout... La santé des travailleurs Indiens ou Bangali est un vrai sujet de préoccupation. Et il y a un travail énorme à accomplir pour les protéger. Je reste convaincu que le désamiantage du Clémenceau offrait une opportunité pour faire un premier pas. Il ne se fera pas. Dommage, car s'il faut compter sur les armateurs du tiers monde pour le faire, les ouvriers indiens ne sont pas près de voir s'amméliorer leurs conditions de travail.
La semaine qui vient de s'écouler aura été marquée pour moi, par deux réunions importantes et des plus contrastées: lundi le conseil municipal de Plouzané, vendredi, le conseil communautaire de Brest Métropole Océane (BMO). A l'ordre du jour des deux instances, le vote du budget. Mais de toute évidence, des façon différentes de l'aborder.
Lundi soir, je présentais donc au conseil municipal le budget primitif (BP) 2006 de Plouzané. Un budget qui préserve les grands équilibres, et permet, grâce aux efforts de désendettement engagés depuis le début du mandat, de dégager des marges de manoeuvre. C'est ainsi que la collectivité peut engager de nouvelles actions pour la protection de son patrimoine, ou le renforcement de sa politique culturelle ou dégager plus de moyens pour l'investissement qui cette année s'appuiera sur plusieurs gros programmes: fin des travaux de création d'une cuisine centrale à la Trinité, construction d'une médiathèque en extension de la bibliothèque, construction d'un nouveau vestiaire pour le terrain du bourg... Et cela sans augmenter la fiscalité.
Vendredi, changement de ton: la communauté urbaine doit faire face à des nouvelles dépenses très lourdes, notamment pour le réseau de bus et le retraitement des déchets. Mais ce sont en fait tous les chapitres du budget qui augmentent. Et les équilibres ne sont maintenus que grâce à une hausse massive de la fiscalité, et notamment du versement transport (VT), versé par tous les employeurs, publics comme privés, de plus de neuf salariés. Or cette hausse du VT n'est justifiée que par la construction d'ici quelques années du tramway brestois. Aujourd'hui, les recettes reçues en quelque sorte par anticipation permettent de rendre présentable le budget. Mais demain, quand les travaux auront commencé, quand il faudra réellement payer le 140 millions d'Euro du tram, comment le budget sera t-il équilibré. Devra t-on renoncer à l'entretien de la voirie déjà à un niveau critique? Ou bien laisserons nous vieillir sans les entretenir, tous les bâtiments communautaires?
En tous cas, pour les ménages de BMO il faudra compter cette année avec une hausse de 70% de la part communautaire des taxes d'habitation et foncières, ainsi qu'une augmentation de l'ordre de 10% sur la taxe d'enlèvement des ordures ménagères. Après les hausses de fiscalité annoncées par le département et la région, la facture s'annonce salée à l'automne. Et dans ce contexte, je suis heureux qu'à Plouzané, la fiscalité communale n'augmente pas.
J'ai déjà dit ici ce que je pensais de la polémique qui a suivi les acquittements des accusés d'Outreau. Mais l'audition du juge Burgaud, mercredi prochain, par la commission d'enquête parlementaire me met encore plus mal à l'aise.
Que les parlementaires aient voulu comprendre les dysfonctionnement de la justice, et aient créé une commission d'enquête, c'est normal, et même indispensable.
Que cette commission auditionne tous les acteurs de cette affaire, acquittés, juges, avocats, victimes, c'est incontournable.
Que ces auditions soient télévisées en directe sur la Chaîne Parlementaire, c'est un bel exercice de transparence, et probablement une bonne leçon d'instruction civique, même si on peut se demander si cela est bien compatible avec la sérénité des auditions.
Que les acquittés assistent à l'audition de celui qui a conduit l'instruction est pour le moins curieux. Pourquoi être présents physiquement dans cette salle quand il suffit d'être devant son poste pour suivre cette audition? Ce sera, inévitablement une pression supplémentaire sur le juge. Comment dans ce contexte pourra t-il exposer clairement, précisément la façon dont il a conduit l'instruction? Et pour les acquittés, qui n'auront pas le droit d'intervenir, est-ce que ça ne sera pas une source de frustration?
Que cette audition, en plus de la Chaîne Parlementaire, soit diffusée en direct sur TF1 et France 2, c'est selon moi proprement scandaleux. A t-on créé cette commission d'enquête pour comprendre ce qui n'a pas fonctionné? Ou bien l'a t-on créé pour réhabiliter les acquittés? Ou encore pour permettre à tout un peuple d'assister en direct à la mise à mort (en espérant qu'on en reste au sens figuré) d'un juge qui a sûrement commis des erreurs mais qui n'est certainement pas le seul responsable?
N'oublions pas le rôle de la presse dans cette affaire. L'instruction se serait-elle passé de la même manière sans la terrible pression médiatique qui l'a entouré? Après avoir livré les détails les plus sordides des pratiques du prétendu réseau pédophile, les médias aujourd'hui sonnent l'hallali contre le juge. C'est un lynchage médiatique, ce n'est pas du tout l'idée que je me fais ni d'une commission d'enquête, ni d'une justice sereine.
Ne mélangeons pas les rôles. Une commission d'enquête parlementaire est là, non pas pour juger, mais pour écouter, dans la sérénité, en prenant son temps (qui n,'est pas forcément le temps des média), pour comprendre ce qui n'a pas fonctionné et pour essayer de dégager les possibilités d'amélioration du système judiciaire. N'essayons pas de lui en donner d'autres...
« Communiquer c'est être proche » tel est cette année le thème des Journées Chrétiennes de la Communication qui se terminent aujourd'hui. Communiquer, être proche, voilà un beau programme. Malheureusement, il suffit d'allumer une télé, de surfer quelques minutes sur le net, pour constater que la communication est souvent violente, provocante, agressive.
La polémique sur les caricatures de Mahomet le prouve largement. La liberté de la presse est un principe absolu, qui doit être respecté. Et seule la conscience des rédacteurs, ou des dessinateurs, doit imposer les limites à ne pas franchir. Et dans le cas présent, ces limites on probablement été franchies. Pourquoi caricaturer Mahomet? Le dessinateur aurait pu représenter n'importe quel barbu avec un turban/obus, et personne n'aurait eu à se plaindre car la violence, ce n'est pas l'Islam, ce sont un certain nombre d'islamistes.
Alors, en effet, les caricatures étaient de mauvais goût, ce n'est pas la première fois que cela arrive, et ce n'est vraisemblablement pas la dernière. Cela ne peut en aucun cas excuser les déchaînements de violences observés au proche et moyen Orient. Cela est d'autant moins justifiable que les pays qui se sont le plus rebellé sont également ceux où la presse est le plus sévèrement muselée.
Je suis attaché aux valeurs de respect et de liberté de notre civilisation. Mais je n'accepterai pas que, sous prétexte de respect, on souhaite réduire mon espace de liberté. Autrement dit, je me sens proche des musulmans du monde entier qui sont blessés par une attaque idiote, mais je n'accepte pas que, sous prétexte que l'Islam l'interdit, la représentations de Mahomet soit bannie partout et pour tous. Je n'accepte pas que pour une caricature, même de mauvais goût, on brûle des ambassades. Et j'espère que ni ces caricatures, ni les outrages du président Iranien, ou de la rue à Gaza ou au Caire, ne contribueront pas à creuser un fossé irréductible entre les civilisations.


