“Tout, tout de suite!” Tel semble être le credo d'un certain nombre d'adversaires du traité constitutionnel. “Pas assez social”, disent-ils souvent. Mais est-il possible d'avoir mieux, maintenant?
La construction européenne s'est toujours fait à pas comptés. Par le marché intérieur d'abord: en mettant en commun le charbon et l'acier (CECA, 1951), matières premières de la guerre puis, progressivement, en abaissant les barrières douanières intérieures et en créant un grand marché qui a rendu nos économies inter-dépendantes et solidaires (Acte unique, 1985). C'est ainsi que l'Union est devenue la première puissance économique et commerciale du monde.
Dans le domaine financier, souvenons nous des longues années qui ont séparé la création du Système Monétaire Européen (SME) dans les années 1970 et la mise en circulation de l'Euro: il a fallu, doucement, faire converger un certain nombre de critères, rapprocher des politiques que chaque état conduisait indépendamment depuis des siècles... Ce n'est pas simple, ni techniquement, ni politiquement! On avait chacun notre monnaie, on s'est donné des objectifs communs, puis on a créé une monnaie commune, et enfin une monnaie unique (Traité de Maastrich, 1992). Et le premier janvier 2002, l'Euro arrivait dans nos poches!
Aujourd'hui, nous posons les premiers jalons de l'Europe sociale. Pour la première fois, ce traité cite, parmi les objectifs de l’Union, le plein emploi et un haut niveau de protection sociale (art. 3), et surtout il intègre la Charte des Droits Fondamentaux (Partie II) qui garantie à tous les peuples d’Europe un socle commun de droits sociaux. Alors, certains voudraient dès maintenant, prévoir l'uniformisation. Réflexe égalitaire français... Mais est-ce bien réaliste?
Les situations à travers l’Europe sont très diverses, et les cultures en matière sociale sont très disparates. Beaucoup d’états tels la Grande-Bretagne et un certain nombre de pays de l’Est sont très attachés à des modèles libéraux, dans lequel chacun se prend en charge. A contrario, en France, en Allemagne, en Scandinavie, nous cultivons la culture de “l’état-providence”.
Alors uniformiser? Oui, mais sur quel modèle?
Soit on nivelle par le bas, c'est à dire en s'alignant sur les politiques sociales les plus faibles. Cela signifierait de très nets reculs en France notamment, avec de très fortes diminutions de salaires. Inacceptable.
Soit on nivelle par le haut, c'est à dire en s'alignant sur les pratiques Française, Suédoises, Allemandes.... Dans ce cas, on ruinera immédiatement les économies notamment des pays de l'Est qui n'auront pas dans l'immédiat, les moyens de suivre. Inacceptable également.
Le traité laisse donc à chaque état, dans l’immédiat, le soin de gérer sa propre politique sociale. Mais ce traité n'est pas un point final. C'est le début d'une nouvelle étape, d'un long chemin, qui nous verra, avec réalisme, faire converger nos modèles et nos pratiques.
Chaque chose en son temps. La politique des petits pas vaut sûrement mieux que celle des grandes ruptures! Ainsi se construit l'Europe depuis cinquante ans... Ne brisons pas cet élan.




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