8 mai : fin de la seconde guerre mondiale, 9 mai, journée de l’Europe : le calendrier juxtapose ces deux dates, si opposées, mais si complémentaires.
L’horreur absolue, l’extermination érigée en objectif de gouvernement, la guerre née de la guerre… Jamais l’histoire de l’Europe n’avait connu de page aussi sombre. Il Le 8 mai 1945, l’Allemagne nazie capitulait, mettant un terme à ce drame.
Cinq ans après cette capitulation qui laissait l’Europe exsangue, Maurice SCHUMAN, dans son discours du 9 mai 1950 lançait l’idée d’une Europe réconciliée et uni :
« L'Europe ne se fera pas d'un coup, ni dans une construction d'ensemble: elle se fera par des réalisations concrètes - créant d'abord une solidarité de fait. Le rassemblement des nations européennes exige que l'opposition séculaire de la France et de l'Allemagne soit éliminée: l'action entreprise doit toucher au premier chef la France et l'Allemagne.
Dans ce but, le Gouvernement français propose de porter immédiatement l'action sur un point limité mais décisif : Le Gouvernement français propose de placer l'ensemble de la production franco-allemande de charbon et d'acier, sous une Haute Autorité commune, dans une organisation ouverte à la participation des autres pays d'Europe.
La mise en commun des productions de charbon et d'acier assurera immédiatement l'établissement de bases communes de développement économique, première étape de la Fédération européenne, et changera le destin de ces régions longtemps vouées à la fabrication des armes de guerre dont elles ont été les plus constantes victimes. »
C’est de ce discours qu’est née notre Europe ! Voilà pourquoi l’Europe s’est d’abord intéressée à l’économie et au marché intérieur : en rendant profondément interdépendantes nos économies nationales, on scellait la paix, si ce n’est dans les cœurs, au moins dans les portefeuilles ! Aujourd’hui, la paix est ancrée dans nos cœurs, et il est temps de donner à l’Europe d’autres dimensions. En premier lieu, il faut la rendre plus transparente, plus démocratique. C’est ce que permettra de faire la constitution.
L’Europe a besoin de notre Oui !
La constitution qui est soumis à notre vote dans quelques jours peut sembler longue. Cette longueur tient en fait à la partie III, qui reprend l’ « acquis communautaire », issu des précédents traités. Cette partie s’applique déjà et continuera à s’appliquer, quelque soit le résultat du référendum. Par contre les parties I et II, réellement nouvelles, sont propres à cette constitution. Et le court préambule, reproduit ci dessous, placé en tête du texte permet, à lui seul, de comprendre le sens et les enjeux de cette constitution.
« S’inspirant des héritages culturels, religieux et humaniste de l’Europe, à partir desquels se sont développées les valeurs universelles que constituent les droits inviolables et inaliénables de la personne humaine, ainsi que la liberté, la démocratie, l’égalité et l’état de droit ;
« convaincus que l’Europe, désormais réunie au terme d’expériences douloureuses, entend avancer sur la voie de la civilisation, du progrès et de la prospérité, pour le bien de tous ses habitants, y compris les plus fragiles et les plus démunis ; qu’elle veut demeurer un continent ouvert à la culture, au savoir et au progrès social ; et qu’elle souhaite approfondir le caractère démocratique et transparent de sa vie publique, et œuvrer pour la paix, la justice et la solidarité dans le monde ;
« persuadés que les peuples d’Europe, tout en restant fiers de leur identité et de leur histoire nationale, sont résolus à dépasser leurs anciennes divisions et, unis d’une manière sans cesse plus étroite, à forger leur destin commun ;
« assurés que « unis dans la diversité », l’Europe leur offre les meilleures chance de poursuivre, dans le respect des droits de chacun et dans la conscience de leurs responsabilités à l’égard des générations futures et de la planète, la grande aventure qui en fait un espace privilégié de l’espérance humaine ;
« résolus à poursuivre l’œuvre accomplie dans le cadre des traités instituant les Communautés européennes, en assurant la continuité de l’acquis communautaire ;
« reconnaissants aux membres de la Convention européenne d’avoir élaboré le projet de cette Constitution au nom des citoyens et des Etats d’Europe ;
[les chefs d’Etats ont désignés leurs plénipotentiaires ]
« Lesquels, après avoir échangés leurs pleins pouvoirs reconnus en bonne et due forme, sont convenus des dispositions qui suivent »
« Santo subito » pouvait-on lire sur les banderoles brandies pendant les obsèques de Jean-Paul II. « Saint tout de suite ! » C’est bien ce que réclamait ces « manifestants » de la place Saint-Pierre. Depuis, la pression est montée, les appels se sont multipliés, et on lit ici ou là qu’au sein même du collège des cardinaux, une pétition circulerait réclamant une canonisation rapide. Et certains, à l’intérieur même de l’Eglise, évoquent ouvertement une canonisation dans l’année.
Or, que dit l’Eglise à propos de la canonisation, cette cérémonie qui permet d’accéder au statut de saint ? Tout d’abord, avant d’être déclaré saint, il faut
être déclaré bienheureux. Cette étape, la béatification, ne peut intervenir qu’à l’issue d’un procès, procédure lourde et longue généralement de plusieurs années, parfois de plusieurs siècles,
qui permet de s’assurer des mérites de la personne pressentie. Et parmi les éléments déterminants, on doit trouver un miracle réalisé par l’intercession de cette personne.
Mère Teresa, dont la sainteté paraissait évidente à tous a bénéficié d’une procédure accélérée. Et il s’est tout de même écoulée six ans entre sa mort et sa
béatification !
Alors oui, Jean-Paul II sera sûrement béatifié, et très probablement canonisé. On n’aura probablement pas besoin de chercher beaucoup pour trouver des miracles
pouvant servir à étayer sa cause. Mais est-ce une raison, une fois de plus, pour agir sous le coup de la précipitation et de l’émotion ? Ne peut-on pas, ne doit-on pas laisser quelques
années à l’histoire pour mesurer avec recul son impact sur l’Eglise et sur le monde ?
Gageons que futur pape, éclairé par l’Esprit saint, ne brûlera pas les étapes !
Jean Paul II est retourné auprès du Père. L'émotion s'empare du monde, et elle dépasse très largement la seule Eglise Catholique. Hommages et témoignages se multiplient
Par trois fois, mes pas avaient croisé ceux du pape. Et aujourd'hui, à mon tour, je veux humblement rendre hommage à cet homme et témoigner de ce que représentait pour moi Jean-Paul II.
Je me souviens, en 1996, de son passage à Sainte-Anne d’Auray. Je m’y étais inscrit au dernier moment, un peu par curiosité, il faut bien l’avouer, car déjà à l’époque, on se demandait si l’on aurait encore l’occasion de retrouver ce pape qui entamait son long calvaire.
Je me souviens de ce départ au milieu de la nuit, de ces cars innombrables en approchant du sanctuaire, et du soleil qui illumina cette journée. Je me souviens de cette foule où les plus jeunes côtoyaient les plus anciens. Je me souviens de ce chant repris en boucle « Pierre, tu es pierre, et sur cette pierre, je bâtirai mon Eglise », il m’a marqué et m’a donné conscience de l’origine profonde du ministère du pape. Je me souviens de mon émotion lorsque, sillonnant la foule comme à son habitude, la papamobile passa à quelques mètres de moi. Ce pape qui parfois sermonnait les plus grands de la planète, qui écrivait l’histoire de ce siècle, était là, au milieu d’une foule immense, au milieu de milliers d’anonymes, au bout du monde pour nous parler de la famille et de l’amour.
Quelques mois plus tard, se préparaient les Journées Mondiales de la Jeunesse de Paris en août 1997. La France recevait le monde, et heureux de ce que j’avais vécu à Auray, je m’inscrivis de nouveau. La rencontre : tel fut le maître mot de ces dix jours. Dans nos paroisses tout d’abord, où nous avons reçu des jeunes d’Haïti. A Paris ensuite où je pris pleinement conscience de l’universalité de l’Eglise : au milieu de cette foule colorée, de ces rires, de ces chants et de ces prières, le monde entier était là : des jeunes venus des états les plus pauvres, des états en guerre, d’états musulmans, bouddhistes… Et pour nous réunir, un homme : Jean-Paul II, plaisantant au Champs de Mars, s’inclinant, au Trocadéro sur le parvis des droits de l’Homme, nous appelant, à Longchamp, à bâtir la civilisation de l’amour.
Et puis vint l’an 2000 et le grand Jubilé et encore les Journées Mondiales de la Jeunesse, à Rome cette fois. Même foule, même diversité… Mais à Rome, les traces de tous ceux qui nous ont précédés depuis Pierre et Paul, cette chaîne ininterrompue de transmission d’un message d’Amour qui nous dépasse, sont omniprésentes et nous poussent à réfléchir au sens de notre vie, aujourd’hui.
Paix, Amour, Pardon… Ce sont je crois, les trois chemins, indissociables, que Jean-Paul II nous a indiqué pour donner ce sens à notre vie.
La Paix, il l’a professée partout dans le Monde, lançant inlassablement des appels pour que cessent les combats, condamnant fortement les crimes commis au nom de Dieu, et appelant toujours à l’avènement de la liberté sans laquelle la paix est vaine. En Pologne notamment, à partir de laquelle son influence et son action concrète ont contribué à faire tomber le rideau de fer.
L’Amour, il l’a vécu tout au long de son pontificat, en étant toujours auprès des plus pauvres, des plus faibles, des opprimés, des malades. En Inde avec Mère Térésa, visitant un hospice, aux Etats-Unis, dénonçant un système qui écrase l’Homme, en Afrique, avec des enfants malades du sida ou à Tours en 1996, avec les « blessés de la vie », il a toujours été proche de ceux qui souffrent, jusqu’à sa visite à Lourdes où, « malade parmi les malades » il était venu prier Notre-Dame.
Le Pardon, souvent il l’a demandé, au nom de l’Eglise, pour des crimes et des injustices commis depuis des siècles. A Jérusalem, devant le mur des lamentations, il a montré que le pardon demandé était la clé de la réconciliation. Et en quelques années, il a rebâti de solides relations entre les chrétiens et nos « frères aînés dans la foi ». Mais le pardon, il l’a aussi accordé. Il a pardonné à Ali Agça qui avait failli le tuer le 13 mai 1981, Ali Agça qui, il y a quelques jours, a fait savoir qu’il priait pour lui… Preuve s’il en était besoin que seul le pardon permet de surmonter les épreuves.
C’est bien ce message qui, sous différentes formes, a résonné aux cœurs de tous ceux qui ont suivi Jean-Paul II. Dans ce mode matérialiste et individualiste, il a porté, à contre courant, l’espoir d’une société plus juste et plus fraternelle. Et c’est bien parce qu’il a répété avec constance ce message que des millions et des millions de jeunes notamment ont marché derrière lui, allant jusqu’à l’accompagner par leurs prières, avec espérance, dans son dernier voyage...
Et après l'avoir tant critiqué, le monde s'aperçoit qu'il perd un géant, un des principaux acteurs de l'histoire du vingtième siècle, un infatigable prêcheur de la "civilisation de l'amour", un homme dont la parole dérangeante n'avait au fond d'autre but que de défendre l'Homme et son Humanité toujours et partout.
Et c'est pourquoi, chacun, au delà des frontières religieuses, se sent, aujourd'hui, orphelin.
Tribune publiée dans le Plouzané Magazine de mars 2005 au nom de la majorité municipale
Dans quelques semaines, nous fêterons le soixantième anniversaire de 1945. 60 ans sans guerre : jamais l’Europe occidentale n’avait connue telle période de paix. Cette paix, nous la devons pour une large part à la construction Européenne.
En prononçant son fameux discours de Strasbourg, le 9 mai 1950, Robert Schuman exprimait cette fantastique intuition : la paix naîtrait d’une réconciliation basée sur une coopération économique étroite. C’est cette position qui a servi de fil conducteur à la construction « économique » de l’Europe que nous avons connue jusqu’à présent : marché commun, libre circulation, monnaie unique, mais également Politique Agricole Commune, qui permet à nos agriculteurs de maintenir sur le sol Européen une agriculture et une capacité de production de qualité, mais encore Fonds Structurels Européens qui permettent d’équilibrer l’aménagement du territoire de l’Union, et qui contribuent, parfois de manière très importante, au financement de la plupart des grands équipements de notre agglomération.
Et puis l’Europe a grandi. De six, nous sommes devenus neufs, puis dix, puis douze, et depuis quelques mois vingt-cinq ! La CEE est devenue Union Européenne, et a étendu, au delà du seul domaine économique, ses compétences. L’Union s’est intéressée à ses citoyens. Elle a créé les programmes « Erasmus » pour faciliter les échanges d’étudiants en Europe, a favorisé un certain nombre d’initiatives culturelles… Mais elle s’est révélée incapable de parler d’une seule voix sur la scène internationale. Et à vingt-cinq, le traité de Nice qui fixe le fonctionnement de l’Union, aboutit à un blocage institutionnel.
Le texte de Traité Constitutionnel Européen qui sera soumis à référendum avant l’été tente de répondre à ces défis. En simplifiant les mécanismes de décision, et en renforçant le rôle du Parlement européen et des parlement nationaux, il renforce la démocratie et la place du citoyen. En créant un Président de l’Union Européenne et un ministre européen des affaires étrangères, il permettra à l’Union d’être mieux identifiée et plus entendue dans le Monde. Enfin, en incluant, à part entière, dans son texte la « Charte des droits fondamentaux », et en prenant comme référence « l’économie sociale de marché », ce traité pose les jalons d’une Europe Sociale, permettant de lutter, autrement qu’avec les seules armes des marchés, contre les délocalisations.
Alors bien sûr, ce traité n’est sûrement pas parfait. Chacun aurait souhaité y trouver un peu plus de ceci, un peu moins de cela. Rappelons simplement qu’il est le fruit d’un compromis entre vingt-cinq gouvernements, de toutes tendances. Rappelons également que ce texte, malgré son caractère constitutionnel, n’est que la prolongation des traités qui l’ont précédé : traité de Rome, Acte unique, traité de Maastricht, traité de Nice… Il s’appuie sur des textes existants, les rassemble, les réforme, les fait évoluer vers une Europe plus ambitieuse et plus forte.
C’est pourquoi il est essentiel que ce traité soit approuvé. La France, moteur historique de l’Europe doit être fière de participer à cette grande aventure.


